L’Abadie est un quartier de La Bocca où se trouvait autrefois un vaste domaine appartenant aux Abbés de Lérins. Son nom serait dérivé des mots provençaux « abiado » ou « abbaye ».
Un ancien domaine des Abbés de Lérins
Les archives du monastère de Lérins désignent dès 1737 ce secteur sous le nom de « terre de l’Abadie », située au quartier du Plan.
Le domaine comprenait l’aire de Faïsse Longue ainsi que les terres labourées du Prèneuf, de l’Isle, du Bousquet, de Ranguin, de Saint-Jean et du Pradou.
Les propriétés de l’abbaye se prolongeaient par des terres incultes jusqu’au Collet des Puits, situé à la bifurcation actuelle du chemin des Gourguettes et de l’avenue Maurice Chevalier.
La culture du riz et du chanvre
Des documents datés de mars 1570 indiquent que les principales ressources du quartier, dans la plaine de Laval, étaient la culture du riz et du chanvre sur les rives de la Siagne.
Une dame de l’Association des Vieilles Familles Boccassiennes racontait avoir été très étonnée d’entendre, dans une émission de radio consacrée au riz, que Cannes avait autrefois été une zone de production.
Cette information est pourtant exacte : grâce à ses nombreux marécages, la plaine de Laval fut pendant un temps transformée en rizière.
Une ancienne rizière à Cannes
Les terres humides de la plaine de Laval permettaient la culture du riz, mais les eaux stagnantes provoquaient également de graves problèmes sanitaires pour les habitants des villages environnants.
Des eaux stagnantes et insalubres
L’étang de la Roubine et la Siagne, lorsqu’ils étaient mal entretenus, créaient de nombreuses nuisances aux conséquences parfois désastreuses.
Dans les doléances destinées aux États généraux de 1789, les signataires demandaient l’intervention du gouvernement :
Que le gouvernement daigne avoir en considération que le présent lieu est situé dans un pays malsain, que les eaux stagnantes occasionnent toutes les années des maladies qui répandent la douleur et la mort et, pour éviter cet inconvénient, il faudrait faire passer une partie de la rivière Siagne qui serpente le territoire dans l’étang, ce qui purifierait les eaux qui y séjournent, les rendrait plus saines et purifierait les exhalaisons qui en sortent.
Doléances destinées aux États généraux – 1789
L’assèchement des marécages
Des travaux de canalisation et d’endiguement permirent progressivement de combler les terrains marécageux.
Ces anciennes zones humides devinrent alors des terres cultivables, notamment pour les fleurs et les légumes.
Ces aménagements n’empêchèrent toutefois pas les gros orages de provoquer régulièrement de graves inondations, comme celle de 1882, particulièrement catastrophique.
La demeure et ses dépendances
Une fois le domaine asséché, une demeure de style roman se dressait au centre de vastes terrains cultivés et de plantations florales.
Ces terres longeaient le chemin de La Roquette ainsi que la route reliant Grasse à Pégomas.
En plus de la maison des maîtres, le domaine comprenait des logements pour les ouvriers, des étables, une laiterie, des ateliers, des entrepôts, un four et quatre moulins dits « banaux ».
Ces moulins étaient alimentés par un canal qui amenait les eaux de la Siagne.
Le domaine agricole en 1739
En 1739, les fermes abritaient 17 bœufs, 3 vaches, 2 juments et 1 cheval.
Le domaine disposait également d’un matériel agricole important, comprenant 2 charrettes, 5 charrues et divers petits outils.
Une importante exploitation agricole
Le nombre d’animaux, de charrettes et de charrues témoigne de l’importance du domaine de l’Abadie dans l’économie agricole du secteur.
Le canal du Béal
Le canal du Béal doit son nom au mot provençal désignant un canal qui conduit l’eau vers la roue d’un moulin.
Ce canal artificiel traversait la propriété de l’Abadie.
Ses eaux actionnaient d’abord le moulin à farine du domaine, puis servaient à irriguer les propriétés de l’abbé.
Elles poursuivaient ensuite leur parcours avant de rejoindre la mer à l’ouest de l’actuel site de Thalès.
Une eau utilisée à plusieurs reprises
L’eau de la Siagne servait à faire fonctionner les moulins, à irriguer les terres agricoles et à alimenter l’ensemble du domaine avant de rejoindre la mer.